Groupe de Bonobos sur fond de chantier

> Après les violences dans l’Est du pays qui ont entravé le règlement de la dernière épidémie de Fièvre à virus Ebola, L’OMS par la voix de son Président, le Docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus le 14 mars 2019, à intimé le gouvernement de RDC de prendre les mesures qui s’imposent afin que le problème soit résolu dans les 6 mois.

Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus - Président de l'OMS

> Déclarée le 1er août 2018, la dixième épidémie d’Ebola sur le sol congolais a tué 60% des personnes touchées (environ mille cas recensés). Afin d’améliorer la prise en charge des patients infectés, cette nouvelle poussée a été l’occasion pour l’OMS de franchir une nouvelle étape en mettant en place des protocoles thérapeutiques randomisés en collaboration avec Médecins Sans Frontières (MSF) dont les soignants sont en première ligne.

«Jusqu’à présent, les patients ont été traités dans le cadre de protocoles thérapeutiques à titre compassionnel, avec des médicaments semblant prometteurs et ayant un bon profil d’innocuité dans les conditions du laboratoire. Le pas énorme que franchit la RDC aujourd’hui permettra de déterminer ce qui marche le mieux et pourra sauver de nombreuses vies dans les années à venir. Nous espérons pouvoir dire un jour que nous avons laissé derrière nous tous les décès et toutes les souffrances dus au virus Ebola.» avait déclaré récemment  M. Tedros Adhanom Ghebreyesus.

> L’attaque fin février de deux centres de traitement de patients atteints a suscité une vive émotion chez MSF et provoqué le retrait de son personnel pour raison de sécurité.

Le Président de l’OMS juge que « Malgré la situation incroyablement difficile, l’épidémie a été contenue dans 11 des 28 communautés qui ont eu des cas. Et nous avons pu arrêter la transmission à Beni, Mangina, Komanda, Oïcha », et concède que la situation pourrait à nouveau échapper aux autorités sanitaires si rien n’est fait pour relancer dans de bonnes conditions la lutte contre ce fléau. Il insiste notamment sur la nécessité de neutraliser militairement certains groupes armés venus d’Ouganda particulièrement délétères. Indépendamment, la région de Lubumbashi fait face depuis fin 2018 à une nouvelle vague de choléra, cette “maladie des mains sales” endémique en RDC qui touche préférentiellement les populations sans accès à l’eau potable.

> Les troubles observés en février, intimement liés semble-t-il  au sentiment d’abandon et de mise à l’écart éprouvé par la population locale et exacerbé au moment des élections législatives, sont en passe de se résoudre. La tournée actuelle dans l’Est du pays du Président Félix Tshisekedi qui n’avait pas les faveurs des électeurs de cette région, et sa main tendue à toutes les composantes la société de ces provinces si éloignées de Kinshasa, vise à raffermir l’espoir de sécurité, de paix et de justice sans lesquels aucune crise sanitaire ne peut trouver de solution. L'élaboration et la mise en œuvre d’une nouvelle politique sécuritaire ainsi que le dialogue renoué avec ses homologues Yoweri Museveni, Président de l'Ouganda et Paul Kagame, Président du Rwanda, sont les signaux positifs qu'il envoie depuis cette région au monde qui l'observe.

Mais qu’en est-il des primates ?

> Le Pr Jean-Jacques Muyembe, lauréat en 2015 du prix Christophe Mérieux pour ses recherches, a contribué à la découverte de la fièvre hémorragique à virus Ebola (FHVE). Il fut en 1976 le premier chercheur à se rendre sur le site de la toute première épidémie, à Yambuku. Depuis, les épidémies se sont succédées. Le point de départ - dit “cas indicateur” -  de la plus meurtrière en 2014  (11.000 décès), fut un enfant de 18 mois contaminé par le virus alors qu’il jouait près d’un arbre creux infesté de chauves-souris en Guinée.

Professeur Jean-Jacques Muyembe - Directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale et professeur de microbiologie à l’École de médecine de l’Université de Kinshasa

> La Fièvre d’Ebola est en effet une zoonose c'est-à-dire une maladie transmise des animaux aux humains. L’agent responsable en est un virus (Filoviridae) dont l’hôte principal seraient des chauve-souris frugivores (Pteropodidae). La chauve-souris peut porter le virus, mais il n'en meurt pas. Elle le transmet au singe ou à l'humain. C'est donc, en l'état actuel de la recherche, la chauve-souris qui peut être considérée comme le réservoir de ce virus. Quant au singe, malgré tout ce qu'on a pu croire ou raconter, c'est une victime comme nous, les êtres humains. Quand le singe est infecté, il développe la maladie et il meurt, comme l'humain.” , insiste le Pr Muyembe.

> Cette famille de virus (cinq souches différentes dont trois peuvent toucher l’homme) est à l’origine d’une épidémie grevée d’une très forte mortalité chez tous les grands singes tant en RDC que dans les pays limitrophes. Décimant des groupes entiers, elle est responsable de l'accélération du déclin de toutes les populations (chimpanzé, bonobos et gorilles) sur l’ensemble des forêts équatoriales, mettant notamment en péril celle des Gorilles des Montagnes.

> Quant à la diffusion de la maladie à l’homme, elle se fait essentiellement par contamination soit par contact avec un animal malade et contagieux, soit lors des manipulations lors de l'équarrissage de viande de brousse infectée.

Souvent, ce sont les chasseurs ou les agriculteurs qui trouvent un animal mort en forêt. Ils se réjouissent de cette « prise », alors qu'elle peut être source de malheurs.

Le trafic illicite d’animaux sauvages, contribue à la propagation à distance de la maladie.

> Ces informations connues de longue date doivent encore et toujours bénéficier de la plus grande publicité afin que cessent ces pratiques source de contaminations humaines et de propagation de la maladie.

Comment se dessine l’avenir ?

> Dans le cadre d’un essai majeur en Guinée en 2014 et en RDC en 2015, un vaccin expérimental anti-Ebola s’est avéré très protecteur contre ce virus  chez l’homme. Il est actuellement utilisé systématiquement pour vacciner les personnes du premier cercle des patients infectés et leurs soignants. Plus récemment, élaboré grâce aux découvertes faites à partir de l’analyse du sérum d’un survivant, un nouveau vaccin actif sur deux (voire trois) souches actuellement testé à l’occasion de cette dixième épidémie donne des résultats très prometteurs.

> Pour nos cousins hominidés, souhaitons qu’un vaccin protecteur facile à administrer pour les animaux à l’état sauvage - comme cela existe déjà pour la  rage - soit bientôt disponible et utilisable afin de réduire la menace qui pèse toujours sur eux et sur les hommes qui les côtoient.